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- Chronique n° 81
 
 

Thaddeus Robl

 

TRUFFAULT Jules                                                                 09-11-2013

Jules Truffault

 

« Vers 1875, le français Jules Truffault  allégera les vélo en s’attaquant aux jantes et fourches. Il se mettra à les fabriquer creuses, en utilisant des fourreaux de sabres et en remplaçant les rayons en bois par des rayons métalliques sous tensions. »

Dans l’histoire de la bicyclette, le nom de Jules Truffault s’inscrit à jamais par ces quelques lignes que l’on retrouve un peu partout sur le net ou dans les ouvrages spécialisés. Cette avancée immense dans l’évolution de la bicyclette que l’on doit à cet inventeur Tourangeaux c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. Jules Truffault fut actif pendant plus de trente ans dans le monde de la bicyclette et de l’automobile et on lui doit beaucoup plus que cette magistrale invention. Personnage méconnu, oublié aujourd’hui il n’a pas la place qui devrait être la sienne et nous allons tenter ici de remettre en lumière tout son travail pendant de si longues années.

Jules Truffault

 

 

Né le 29 septembre 1845, à Tours, Jules Michel Marie Truffault est d’abord un passionné de bicyclette avant d’être un constructeur réputé. Il fait partie de la petite centaine d’amoureux de la petite reine, qui, le 7 novembre 1869 au petit matin, prît le départ de la première course en ligne le fameux Paris Rouen organisé par Richard Lesclide, rédacteur en chef du « Vélocipède Illustré’ ». A l’époque, il n’y avait pas, bien évidemment, de voitures suiveuses et personne n’assurait la sécurité ni la signalisation aux carrefours. Comme d’autres compétiteurs, Jules Truffaut s’égara. Selon Baudry de Saulnier, qui précise que Jules Truffault réside à Tours, il se retrouva en compagnie Albert Laumaillé, dans une auberge du Pont de l’Arche, petite commune du département de l’Eure à environ 20 kilomètres au sud de Rouen. Il ne nous a pas été possible de retrouver d’autres traces attestant de la participation de Jules Truffault à d’autres épreuves vélocipédiques mais, cela nous semble suffisant pour évoquer la passion de cet homme pour les premiers vélocipèdes. Dès cette époque, Jules Truffault est présenté comme un constructeur de cycles et l’on peut imaginer que c’est aussi de sa propre pratique qu’il tira les enseignements qui aboutirent à ses inventions.

Un problème majeur se posait au début des années 1870, aux fabricants de bicycle : comment faire pour augmenter la vitesse de leurs engins sans que cela se traduise par une multiplication des efforts fournis par le véloceman. En l’état des connaissances du moment, deux réponses pouvaient être apportées : l’augmentation de la taille de la roue motrice qui est alors en transmission directe et la diminution du poids de la machine. C’est en ce domaine que Jules Truffault va exceller, réussissant grâce à ses inventions à alléger et à rendre plus confortable les machines.

 

 

 

Jules Truffault

Parution :

Le Cyclisme théorique et pratique, par L. Baudry de Saunier,
Éditeur : Librairie illustrée, Paris, 1893

 

Vers 1875, Jules Truffault qui cherchait comment rendre ses machines plus légères et donc plus rapides et plus maniables appliqua à la jante et à la fourche une technique déjà utilisé pour les cadres : le tube creux. Pour la fourche, il réussit cet exploit technique à partir d'un stock déclassé de fourreaux de sabre qu’il façonna pour en faire une fourche creuse mais tout autant solide. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’aujourd’hui encore, on parle de fourreaux pour les tubes constituant la fourche d’une bicyclette.

Jules Truffault

 

La réalisation de jantes creuses lui posa plus de problèmes mais après quelques échecs il y parvint au-delà de ses espérances. Non seulement la jante qu’il venait de concevoir était nettement plus légère mais elle était également plus souple donc moins cassante et surtout plus confortable. Pour parvenir à ce résultat, Jules Truffault remplaça les lourds rayons en bois ou en métal rigide par des rayons métalliques en tension qui tenaient la jante tout en lui conférant un minimum de souplesse dans l’absorption des chocs de la chaussée. De part cette conception, on passe donc d’un dispositif totalement rigide à un autre dont la souplesse et la solidité allait faire ses preuves très rapidement.

Extrait :

Les inventions du petit constructeur de province qu’était alors Jules Truffault firent très vite le tour du monde de l’industrie du cycle naissante. Il semblerait que dès 1877, Jules Truffault vende ses machines outre manche et qu’il soit en relation d’affaires avec des constructeurs britanniques de la région de Coventry où se concentre l’essentiel de l’industrie anglaise du cycle.

Si l’on en croit Max de Nansouty, journaliste scientifique auteur de nombreux ouvrages entre 1890 et 1910, Jules Truffault aurait également eu l’intuition de la roue libre sans pour autant réussir à concevoir le mécanisme nécessaire à la réalisation de son idée.

 

 

Les affaires de Jules Truffault prospèrent mais Tours est une ville trop petite et trop éloignée des principaux fabricants de composants pour les bicyclettes pour ne pas devenir un frein au développement de l’entreprise. En 1882, Jules Truffault s’associe à un dénommé Jéanne pour créer une nouvelle marque de cycles dont le siège est basé à Paris. Les liens avec les fournisseurs et les clients s’en trouvent facilités et il peut se consacrer à d’autres inventions qu’il a en tête.

Durant les dix années qui suivent Jules Truffault fait régulièrement parlé de lui grâce à ses inventions et aux brevets qu’il dépose.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Truffault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers 1885, il tente de développer un engin dénommé le Sphinx. Cet ancêtre du Safety est doté d’engrenages installés dans une boite fermée et dont l’organisation multipliait la machine au double. Comme toutes les machines à engrenage, le Sphinx a l’inconvénient de manquer de fiabilité au niveau de la transmission de l’énergie imposée sur les pédales.

 

 

 

 

 

 

 

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A la disparition de fait, du bicycle devant la modernité de la bicyclette malgré les difficultés qu’il rencontre, Jules Truffault croît beaucoup en son invention et il tente sans grand succès de l’adapter sur d’autres modèles.

 

 

Tout ce qui peu permettre une amélioration du confort de l’utilisateur, intéresse Jules Truffault qui y consacre une grande partie de son temps et de son énergie.

 

 

 

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Certaines de ses inventions, dont on retrouve la trace par le brevet que notre inventeur a déposé peuvent prêter à sourire aujourd’hui mais d’autres sont très pertinentes et elles montrent bien l’ingéniosité de Jules Truffault. Après avoir travaillé et façonné les métaux pour alléger les machines, notre homme a fait évoluer ses recherches montrant en cela qu’il n’était pas qu’un simple constructeur de cadre de bicyclette. Il s’est notamment attaqué à des choses de plus en plus pointues et notamment les suspensions en faisant preuve à mon sens d’une grande modernité. Il n’a peut être pas eu l’intuition des suspensions hydrauliques et il a travaillé uniquement en utilisant les ressorts mais les schémas de sa fourche suspendue et également d’une machine « tout suspendu » parlent d’eux-mêmes.

Jules Truffault

Au milieu des années 1890, on perd la trace de Jules Truffault dont le nom disparaît des actualités de l’industrie du cycle.

Jules Truffault

Au même moment ; un Truffault prénommé Jules Michel Marie créé la société des automobiles Truffault et multiplie les dépôts de brevets notamment dans le domaine des suspensions. Rien dans nos recherches ne nous a permis de confirmer avec certitude qu’il s’agissait bien du même homme pourtant de nombreux points communs le laissent à penser. En 1895, Jules Truffault a cinquante ans et comme bon nombre d’industriels du cycle et même de coureurs cyclistes (Michelin, Terrot, Corre,…), il est probablement attiré par l’industrie automobile naissante. Celle-ci se développe en utilisant des techniques très proches de celles mises en pratique dans la fabrication de cycles et pour Jules Truffault comme pour nombre de ses collègues, il y a là une opportunité de développer de l’activité à moindre coût, en utilisant des savoirs faire et des techniques qu’il maitrise déjà parfaitement. De plus la revue « Popular Mechanics » éditée par les éditions Hearst en 1985 (page 66) tout comme le livre « Automotive Mechatronics: Operational and Practical Issues », Volume 2 de B. T. Fijalkowski (page 261) affirment que la première suspension « true shock absorber » a été installée sur une bicyclette de course en 1898 par J. M. M. Truffault.

Jules et Jules Michel Marie ne font probablement qu'un mais alors pourquoi ce changement soudain et ce passage de 1 à 3 prénoms ? Faut il voir là une volonté de dissocier l’activité de fabricant de cycle pour lequel Jules Truffault est associé avec Jéanne alors que pour l’activité automobile il travaille seul. Cette distinction lui permettait peut être de bien marquer la différence entre les deux entreprises et d’éviter toute confusion dans la propriété des brevets ?

Durant une décennie, le « nouveau » Jules Michel Marie Truffault connaît de nombreux succès. Il  produit des voiturettes qui rencontrent un écho très favorable auprès du public et qui font l’objet d’articles élogieux dans la presse spécialisée.

La suspension à ressorts qu’il conçoit au tout début du XXème siècle, est une réussite économique. Elle équipe les automobiles de la société Peugeot et ses victoires en compétition lui assurent une publicité considérable.

source : http://gallica.bnf.fr

Miguel M Zerolo « Manuel pratique d’automobilisme : voitures à essence, motocyclettes, voitures à vapeur, canots automobiles. Pannes et leurs remèdes », 1905

 

Dans les travaux de JMM Truffault, la bicyclette n’est pas totalement oubliée comme en témoigne le brevet de suspension ci-dessous déposé aux USA en juin 1905. Dans la note technique qui accompagne le croquis, on apprend que JMM Truffault, ingénieur est domicilié 51, avenue des Ternes dans le 17ème arrondissement de Paris. Pourquoi un dépôt de brevet aux USA ? En 1898, un américain passionné d’automobiles aurait remarqué le système de suspension montée par JMM Truffault sur une bicyclette participant à une course de fond à Versailles. Persuadé de l’intérêt pour l’automobile de cette invention, Edward Hartford d’Orange dans le New Jersey utilisa les droits dudit brevet pour les USA et il créa dans la foulée sa société de fabrication de suspension.

 

Jules Michel Marie Truffault est décédé dans le 17ème arrondisement de Paris, le 3 octobre 1920.

Voiture Truffault, Collection Jules Beau. Photographie sportive, Année 1901 / Jules Beau
http://gallica.bnf.fr

Bien qu’à peu près totalement oublié aujourd’hui, Jules Truffault occupe une place importante dans l’histoire de la bicyclette. Après avoir été à l’origine de la fourche et des jantes creuses, il continua tout au long de sa vie, à chercher et à élaborer de nouvelles améliorations pour la bicyclette. Ses recherches sur les suspensions sont remarquables et elles méritent à elles seules que l’on s’intéresse d’un peu plus près à ce personnage et à l’ensemble de ses travaux.

à Calumet, à Phil et à tous leurs collègues généalogistes qui ont contribué à retrouver et à éclaircir l’état civil de Jules Truffault.

 

En savoir plus

  • « Le Cyclisme théorique et pratique », par L. Baudry de Saunier, Éditeur : Librairie illustrée (Paris), 1893

  • « La pédale, Revue hebdomadaire de la bicyclette et de ses accessoires »

  • « Cyclisme et cycliste » par Henry de Graffigny, Editeur Henri Gauthier, Paris 1897 ?

  • « Vélocipédie et automobilisme » par Frédéric Régamey, Éditeur : A. Mame et fils (Tours) 1898

  • « Du char antique à l'automobile : les siècles de la locomotion et du transport par voie de terre...» F. Marcevaux, Éditeur : Firmin-Didot, Paris, 1897

 

Sauf mention particulière les photos montage présentés ici ont été réalisés par le petit braquet.

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