Le Petit Braquet, Coup de Chapeau à
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- Chronique n° 91
 
 

André Perchicot

 

André PERCHICOT

 

 

André Perchicot

 

Qui a dit que les coureurs cyclistes étaient forcément des machines à pédaler, sans cervelle qui n’avaient aucune sensibilité ni aucune aptitude pour l’art. Hommes de spectacle, habitués à se produire devant une foule nombreuse, les pistards devaient apprendre à vaincre leur trac, à s’exprimer face aux journalistes et surtout à se faire aimer du public. Certains se trouvaient dans ce petit monde où l’on est finalement en perpétuelle représentation comme des poissons dans l’eau et des possibilités de reconversion pouvaient s’offrir à eux, pour peu qu’ils possèdent d’autres dons que celui de pédaler. André Perchicot, était doué pour la lumière et il eut un destin extraordinaire, à la fois brillant et tragique qui mérite d’être raconté ici. D’abord champion cycliste de grand talent dont la carrière comme celle de beaucoup d’autres fut brisée par la guerre, il connu ensuite, à force de travail et de persévérance, la renommée et la fortune en devenant chanteur de music hall.

Grand prix cycliste de Paris, 29 juin 1913, au vélodrome du bois de Vincennes, Agence Rol

http://gallica.bnf.fr

 

Arnaud André Perchicot est né au Pays Basque, à Bayonne, le 9 août 1888. Son père, Jean Baptiste Emile, âgé de vingt six ans, à la naissance de son enfant, exerce la profession de tailleur de pierre dans le quartier de Saint Esprit. La mère d’André, Marie Isabelle Daragnes est, quand à elle, âgée de vingt trois ans. La vie est dure et sans pitié pour la famille Perchicot qui aura la douleur de perdre trois de ses enfants en bas âge : Louis né en 1889, décédé l’année suivante, Jean Léon né en 1891, mort en 1892 et Marie Anna née en 1894 et morte en 1896. Seuls Clarence Marguerite, née en 1893 et Jean Charles, né en 1896 atteindront l’âge adulte.


http://earchives.cg64.fr/

Arnaud André Perchicot est un enfant vif et doué, un excellent élève et à dix sept ans il décroche le bac de lettres et le bac de sciences. Travailleur, réservé, c’est également un garçon très pieux et à l’issue de ces études, il hésite beaucoup quand au chemin qu’il doit suivre. Il est tenté par la prêtrise et il envisage très sérieusement d’entrer au petit séminaire de Bayonne. Le choix est pour lui difficile, il hésite longuement avant finalement de choisir de rester ouvert sur le monde et de continuer ses études.

« J’aimais trop la vie, la bonne vie matérielle pour faire un prêtre » déclara-t-il beaucoup plus tard au journal « Match ».

Il suffit souvent d’un rien pour que le destin d’un homme bascule et que sa vie prenne un tout autre chemin que celui qui semblait lui être tracé. A l’issue du bac, André Perchicot prépare avec le sérieux que tout le monde lui connaît, le concours d’entrée à l’école des Ponts et Chaussée. Il est la fierté de ses parents qui croient en sa réussite.

Chaque jour, il se rend à bicyclette au lycée de Bayonne, distant de quelques kilomètres de son domicile. Il ne pense qu’à une chose, réussir ses examens et devenir fonctionnaire. Mais sur le chemin du lycée, au lieu dit les Glacis, se trouve le vélodrome de la ville qui chaque jour l’attire et le fascine un peu plus. Construit en 1895, à une période où de nombreuses villes moyennes se dotent d’un anneau extérieur, le vélodrome de Bayonne possède une piste de 325 mètres de longueur recouverte d’un revêtement en mâchefer. Ce n’est pas le grand luxe mais cela permet aux coureurs locaux de s’entrainer et donc de progresser.

Un jour, si l’on en croit ce qu’il racontera bien des années plus tard, André craque et rentre dans le vélodrome.

Inexpérimenté et sans autre entrainement que celui de ses trajets scolaires quotidiens, André réussit pourtant l’exploit de battre au sprint, les coureurs présents sur la piste. Cet évènement raconté vingt cinq ans plus tard par l’intéressé est digne de la plus classique des hagiographies tant il parait inventé à dessein pour bâtir une légende.

Au-delà de ces succès pour lesquels nous pouvons avoir de sérieux doutes, il est clair que l’ambiance du vélodrome et les sensations qu’André éprouve en tournant sur la piste avec ses nouveaux collègues, changent totalement sa vie. En quelques semaines, la petite reine est devenue sa véritable passion. II s’entraine comme un forcené, bien souvent en cachette de sa famille pour ne pas que l’on s’aperçoive qu’il néglige ses études et, en à peine six mois, il est devenu l’un des meilleurs sprinteurs du pays Basque. La bicyclette est désormais son destin et le service militaire qui aurait pu casser cette dynamique, bien au contraire la renforce car André Perchicot se retrouve affecté à la transmission des informations et il officie comme cycliste d’un colonel.

Photo source : http://bascovelo.com/

 

A son retour à la vie civile, sa décision est prise, il sera coureur cycliste…Ce choix aventureux ne va pas sans heurt au sein de la famille. Ses parents voient d’un très mauvais œil, le projet de leur fils ainé. Ils regrettent vivement qu’il abandonne sur ce qu’ils pensent être un coup de tête, des études qui lui auraient probablement permis d’obtenir un poste stable et convenablement rémunéré. Au lieu de cet avenir tout tracé, André a, selon eux fait le choix déraisonnable d’un métier de saltimbanque qui ne nourrit pas son homme. Autre source d’inquiétude pour ses parents, André est pour Jean son frère, de huit ans son cadet, un modèle. Né le 21 octobre 1896, le petit ne songe qu’à une chose : suivre le même chemin qu’André. Il sera lui aussi coureur cycliste durant quelques années mais il ne réussira jamais à percer au niveau national.

André Perchicot

La réticence du père d’André Perchicot dura très longtemps et André Perchicot nous apprend en février 1918, dans un article publié par le magazine Rugby, où il rend hommage à Léon Hourlier qui vient d’être tué au combat, qu’en 1911 son père n’acceptait toujours pas sa situation. Durant le mois de juin, Léon Hourlier vint à Pau et à Bayonne pour courir et ce sont les parents d’André qui l’hébergèrent durant quelques jours.

«Son amabilité conquit d’emblée mes parents, jusqu’alors un peu hostiles à la gent cycliste, malgré mes efforts à leur démontrer qu’il existait dans ce métier des jeunes gens excessivement intéressants.
Et le discours que nous tint Hourlier à table, sur les difficultés qu’il avait rencontrées à Reims, chez son père, et qui ressemblaient étrangement aux miennes, finit par convaincre mon père.
 »

 

 

 

 

 

 

 

Perchicot André

 

 

 

André Perchicot aurait débuté en compétition à 17 ans en 1905 mais ce n’est qu’en 1908, qu’il commence à ce faire un nom dans son sud ouest natal. Toulouse, Bordeaux, Pau et bien sur Bayonne sont les vélodromes où il exerce ses talents. Il n’est encore qu’un honnête coureur régional mais il progresse et acquière au fil du temps, une maitrise technique de plus en plus importante. Ses victoires lui valent le privilège d’affronter de grands noms du sprint lors des principaux meetings disputés dans sa région. Il a ainsi la chance et c’est comme cela qu’il le conçoit, d’affronter par exemple Léon Hourlier lors du tournoi de vitesse du meeting Bordelais du 14 juillet 1908 ou l’allemand Walter Rutt, lors du critérium Peugeot de Bordeaux, le 25 avril 1909.

C’est en 1910, lors de la coupe du Roi d’Espagne, que pour la première fois, il épingle à son palmarès deux des meilleurs sprinteurs du monde remportant la finale aux dépens de Gabriel Poulain (champion du monde 1905 et vice champion du monde en 1906, 1908 et 1909) et de Walter Rutt qui est déjà monté à trois reprises sur la troisième marche du podium (1907, 1909 et 1910) et qui décrochera le titre en 1913. Remporter la coupe du Roi d’Espagne « C’était la gloire » comme il le dira plus tard en se remémorant son premier coup d’éclat.

Six mois avaient suffi pour faire d’André Perchicot, le sprinteur numéro un du pays Basque mais six saisons (1906 – 1911) lui seront nécessaires pour arriver à maturité physiquement et mentalement. Petit, il mesure 1 mètre 65, André Perchicot est un sprinteur râblé, nerveux doté d’un démarrage vif apte à surprendre ses adversaires.

Ce n’est qu’à la fin de la saison 1911, probablement à l’issue de son service militaire qui se déroula d’octobre 1909 à septembre 1911, qu’il se décide enfin à monter à Paris pour se frotter à l’élite mondiale du sprint qui se produit dans les vélodromes de la capitale, une grande partie de l’année.

Ce n’est qu’à la fin de la saison 1911, probablement à l’issue de son service militaire qui se déroula d’octobre 1909 à septembre 1911, qu’il se décide enfin à monter à Paris pour se frotter à l’élite mondiale du sprint qui se produit dans les vélodromes de la capitale, une grande partie de l’année.

La longueur de cette période d’apprentissage où André Perchicot rayonne uniquement sur son sud ouest natal pose naturellement question. On peut, en effet, s’interroger sur les raisons qui ont retenues André à Bayonne aussi longtemps. André, ainé des enfants Perchicot, était il un soutien indispensable pour des parents durement éprouvés par la perte de trois enfants en bas âge ? Le confort d’une vie familiale, l’attachement viscéral au pays Basque, ou plus simplement le manque de confiance en ses capacités sont autant d’autres raisons qui pourraient expliquer cette situation…

Perchicot André

 

 

 

 

 

 

Au moment de son incorporation, il est domicilié à Bayonne, dans le quartier de Saint Etienne au « chalet mon rêve ».  Un nom aussi doux n’incitait pas non plus au départ !!!

 

Quelle qu’en fut la cause, force est de constater qu’André Perchicot a finalement fait un choix judicieux. Quand il arrive à Paris, il est fin prêt et il fait une entrée fracassante sur la scène internationale. Il ne possède pas encore l’expérience et l’intelligence tactique de champions aguerris comme Thorvald Ellegaard ou Emile Friol mais il a des jambes de feu et une envie débordante de réussir.

 

 

Moins d’un an après son arrivée dans la capitale, il décroche le titre national de vitesse devant Emile Friol et il monte sur la troisième marche des championnats du monde derrière l’américain Franck Kramer et l’australien Alfred Grenda…

 

 

 

 

André Perchicot

André Perchicot est désormais un coureur connu et reconnu sur la scène internationale. Il dispute des courses sur tous les vélodromes du monde. On le retrouve ainsi à Berlin, à Bruxelles, à Copenhague, à Leipzig, à Toronto ou à New York.

Le temps passe vite, André Perchicot est maintenant trentenaire et il sait que les morceaux de bravoure de sa carrière sont définitivement derrière lui. Cette fichue guerre finira bien un jour et alors il pourra enfin faire ce dont il a envie. La compétition lui plait toujours autant mais désormais il courre pour le plaisir, pour la beauté du geste.

Il a la joie de mettre le pied à l’étrier de son jeune frère, Jean Charles qui tente lui aussi de faire carrière. Malgré le soutien et les conseils d’André, Charles ne sera jamais qu’un modeste coureur régional et il abandonnera rapidement la compétition.

Il est important de rappeler que jamais, dans aucun des articles relatant les courses de Perchicot, durant la période 1916-1919, il n’est fait mention des séquelles d’un quelconque accident dont aurait été victime le coureur Basque, lors de son passage dans l’aviation.

A la lecture des résultats sportifs, on peut même affirmer qu’André Perchicot demeure très compétitif et qu’il possède toujours un excellent niveau.

Perchicot sera démobilisé le 25 juillet 1919. Jusqu’à cette date, que fait-il réellement au sein de l’armée. Ses résultats sportifs montrent qu’il a du temps pour pratiquer la bicyclette et s’entrainer correctement mais nous sommes alors en temps de guerre et il est absolument impossible que cela soit son unique occupation. Quelles fonctions occupe-t-il ?

C’est probablement un petit entrefilet paru dans le journal « La Presse » en date du 28 avril 1919, qui retrace de la manière la plus sincère, le parcours du coureur basque durant la guerre. En quelques lignes, cet article nous explique que Perchicot a commencé, alors qu’il était encore aviateur, à se produire sur scène pour remonter le moral de ses camarades blessés aux combats. Il n’est pas ici question d’une quelconque blessure et d’une longue convalescence. La proximité de ce texte avec les faits relatés les rend tout à fait probables. Dans cette hypothèse, une question demeure sans réponse. Pourquoi, alors que la France manquait cruellement de pilote, n’a-t-il pas continué à tenir les commandes d’un appareil ? Pourquoi est-il retourné dans l’infanterie, son corps d’origine…Tout cela ne s’est pas fait en catimini, et on peut penser que le commandement militaire a considéré qu’André Perchicot était plus utile pour remonter le moral des troupes qu’à tout autre poste.

Dans la culture Basque, le chant occupe une place importante et Perchicot qui a toujours revendiqué cette identité culturelle, a probablement déjà poussé la chansonnette en public avant son départ pour l’armée. André Perchicot possède une jolie voix et il sait déjà s’en servir. Il commence par reprendre les succès des artistes qu’il admire qu’il s’agisse de ceux d’Harry Fragson, de Paulus ou de Félix Mayol.

Sur piste, Perchicot était un coureur loyal, élégant qui avait le sens du spectacle. Il savait se faire apprécier des spectateurs avec qui il entretenait déjà un lien particulier, proche de celui qui unit une vedette du music hall à son public.

La vie est faite de hasard et de rencontres qui peuvent changer complètement le destin d’un homme. Au front, il fait la connaissance d’Albert Louis Wolff qui comme lui sert dans l’aviation. Compositeur et chef d’orchestre, Albert Wolff vient notamment de diriger la création de l’opéra « La Jota » de Raoul Laparra à l’Opéra Comique. En compagnie d’Oscar Dufrenne, impresario du chanteur Mayol puis directeur du Château d’Eau (qui s’appellera plus tard l’Alhambra) et du Concert Mayol, Albert Wolff prodiguera de précieux conseils au coureur basque.

Grâce aux regards avisés de ces professionnels du spectacle, Perchicot sait désormais qu’il a les bases nécessaires pour devenir chanteur de music-hall. Il lui faudra travailler sa voix, son jeu de scène, se constituer un répertoire attrayant et original pour mettre toutes les chances de son coté mais cela ne l’inquiète pas le moins du monde. André Perchicot est un grand travailleur, il est perfectionniste et comme pour la compétition cycliste, il sait prendre le temps qu’il faut, avant de se lancer. Pour l’heure et jusqu’au milieu de l’été 1919, il demeure mobilisé, ce qui lui laisse le temps de peaufiner son projet.

 

Les articles de presse sont issus de : http://numerique.bibliotheque.toulouse.fr/ ( ici )

Cette situation l’incite également à continuer la compétition. A trente et un an, sa passion demeure intacte mais il n’est  plus prêt aux énormes sacrifices qu’il lui faudrait consentir pour espérer monter de nouveau sur le podium des mondiaux d’autant qu’une nouvelle génération talentueuse emmenée par Piet Moeskops, Bob Spears ou Piet Van Kempen, arrive avec d’énormes ambitions. Il préfère assurer le spectacle et se faire plaisir en remportant ses duels contre des tandems. Quand l’heure du retour à la vie civile sonne enfin, il est fin prêt pour une autre carrière et une nouvelle vie. Avec sa méticulosité habituelle et assurément beaucoup de travail, il s’est préparé ardemment pour ce moment. Le jour même où Perchicot est démobilisé, on peut lire dans le journal « La Presse » l’article suivant :

« Le sprinteur-chanteur Perchicot va faire ses débuts très prochainement sur une de nos scènes parisiennes des boulevards extérieurs, après quoi, pensons-nous, il fera retour à la piste, car l’on revient toujours… »

La Presse, 25 juillet 1919
http://gallica.bnf.fr

Contrairement à ce qu’espérait le journal « la Presse », Perchicot ne reviendra jamais sur la piste. Il honorera encore son engagement le 15 août 1919, en atteignant les demies finales du Grand Prix de l’Assomption, au Parc des Princes mais ce sera sa dernière course. C’est en tout cas la dernière trace que nous ayons pu retrouver de sa carrière cycliste.

Perchicot Andréhttp://gallica.bnf.fr

 

C’est désormais terminé, le vélo rangé au clou, Perchicot entre sur scène. En quelques années, il va devenir l’un des plus réputés chanteurs de music-hall du pays. Né en 1852 à Londres, (année d’ouverture de la 1ère salle), le music-hall connaît son apogée en ce début des années 1920. A Paris, à l’instigation de Joseph Oller, de nouveaux lieux consacrés spécifiquement à cette nouvelle forme de spectacle s’ouvrent dès 1886 avec les Folies Bergères. Viennent ensuite l'Olympia en 1893, l'Alhambra en 1904, Bobino et le Casino de Paris en 1917. L’Eldorado qui, à l’origine est un théâtre, est adapté dès 1862 à ce nouveau type de spectacle mais c’est le Moulin Rouge qui sera la première salle à porter officiellement le nom de « music-hall ».

Le music-hall c’est d’abord un lieu où l’on vient manger et boire tout en assistant à un spectacle. Celui-ci que l’on pourrait qualifier de revue ou plus précisément de « revue théâtre » est composé d’une succession de « tableaux » et d'attractions. Ces revues sont accompagnées d'un orchestre et d'un corps de danseurs et danseuses.

A la Gaîté Rochechouart, l’un des plus réputés cafés concerts Parisien des années 20, les premiers passages de Perchicot sont couronnés de succès. Au début, bien évidemment les spectateurs viennent poussés par la curiosité pour voir le cycliste qui chante, puis ils reviennent nombreux, assister à un spectacle de qualité et écouter un chanteur de talent. Il est certes encore très perfectible car il manque profondément d’expérience mais il apprend vite et il sait tenir compte des judicieux conseils de ses amis du show-biz.

 

A ses débuts sur scène, il sera souvent appelé le nouveau Paulus, en hommage à Jean Paul Habans, alias Paulus, originaire comme lui de la ville de Bayonne. Célèbre chanteur, décédé en 1908, Paulus joua dans les plus grandes salles parisiennes et notamment à l’Eldorado. Propriétaire du Bataclan (qui s’écrit encore Ba-ta-clan à l’époque), au début des années 1890, il connut son succès le plus important avec la chanson « en revenant de la revue » qui sera reprise par Perchicot puis bien des années plus tard par Bourvil et enfin par Guy Béart au début des années 1980.

Comme pour la compétition cycliste, Perchicot cherche toujours à tendre vers l’excellence. N’ayant aucune formation particulière, il travaille énormément pour devenir un des meilleurs chanteurs français de café-concert. Il est aidé à ses débuts, par Albert Louis Wolff, Oscar Dufrenne et également Félix Mayol dont la salle de spectacle, accueillera souvent le chanteur basque. Oscar Dufrenne qui au début des années 20, devient président du Syndicat des directeurs de spectacles de France est, avec Félix Mayol l’un des plus connus représentants du milieu gay Parisien. C’est le début des années folles et chaque soir dans la capitale se déroulent de très nombreux spectacles. Après quatre interminables années de guerre, les gens viennent en masse y chercher l’oubli, l’insouciance et la joie de vivre. Célibataire, sans enfant, Perchicot semble très à l’aise dans ce petit monde de la nuit où chacun est libre de vivre sa vie.

C’est un chanteur généreux avec son public, qui manie l’humour et la poésie sans jamais verser dans la vulgarité. Ses qualités, associées à un remarquable jeu de scène font de lui, le chanteur populaire par excellence. Après la Gaîté-Rochechouart, on le retrouve en 1920, au Concert Mayol puis aux Ambassadeurs. A chacun de ses nouveaux spectacles, le succès est au rendez-vous.

C’est un homme libre, aimable et charmeur. Dans l’esprit du public, il incarne parfaitement le gendre idéal. Il se distingue de la multitude des chanteurs de music-hall où la facilité et la vulgarité l’emportent souvent sur la qualité, par son élégance naturelle et l’excellence de ses interprétations.

Au fil du temps, Perchicot se perfectionne et il devient un professionnel accompli. Il a, s’il on en croit ce qu’il s’écrit alors sur ses prestations, une des plus belle voix du music-hall, mais pour se démarquer du lot, il sait qu’il doit affirmer sa personnalité et surtout trouver son style.

Perchicot a également l’intelligence de ne pas se cantonner dans un seul style ce qui lui permet d’élargie largement son répertoire

Il est capable d’interpréter avec bonheur, des chansonnettes comiques ou satiriques, des chansons dites réalistes ainsi que des romances. Il sait choisir des textes et des mélodies qui globalement sortent du lot. Pour cela, il travaille avec des musiciens et des paroliers de talent comme Jean Boyer, Vincent Scotto, Jacques Chabannes, Jean Rodor ou Gaston Gabaroche.

22ème Bol d’Or, Paris, 1927,
Match 9 juillet 1927
http://gallica.bnf.fr

Tout au long de sa carrière, il sera également l’interprète de plusieurs chansons évoquant le cyclisme, le Tour de France et les courses sur piste.

Perchicot est un homme fidèle en amitié et jamais il n’oublia ses anciens amis cyclistes. On le retrouve régulièrement au bord des pistes pour donner le départ de compétitions ou simplement pour assister aux bagarres acharnées des pistards. Parmi ses anciens adversaires mais néanmoins camarades du monde du sprint, il en est un pour qui, il semble avoir gardé tout au long de sa vie une affection toute particulière : Emile Friol. Les deux hommes se sont affrontés à de nombreuses reprises avant guerre et il existe entre eux un profond respect et une franche camaraderie. Dix ans après la dramatique disparition de l’ancien champion du monde du sprint, écrasé par un camion américain dont le chauffeur avait été abattu par une balle allemande, André Perchicot soutien financièrement et moralement le club cycliste de Tain-Tournon d’où était originaire Friol.

L’investissement d’André Perchicot auprès du Friol Club T.T. n’est pas engagement de façade, un chèque que l’on signe pour faire sa publicité et se donner bonne conscience. En 1927, Perchicot est Vice Président d’honneur et il finance le Friol Club pour qu’il organise des courses cyclistes.

Quand en 1927, les dirigeants du Club lancent une souscription pour l’édification d’un buste en la mémoire d’Emile Friol, André Perchicot figure parmi les premiers donateurs aux cotés du docteur Aurenche auteur du livre « les mémoires d’une bicyclette » magnifique hommage à son ami Friol, qui fut en son temps récompensé par le grand prix de la littérature sportive.

On retrouve également quelques autres coureurs parmi les donateurs : Gabriel Poulain, Emile Georget, Toto Grassin, Emile Georget ou Bournac qui fit souvent équipe avec Perchicot.

En 1921, Perchicot enregistre sa première chanson pour le groupe Pathé. Il en enregistrera au total 160 pour cette maison et probablement plus d’une cinquantaine d’autres pour Polydor et Odéon. Bien que Basque et fier de l’être, il aura une époque « provençale ». Il se produit beaucoup dans la région marseillaise et il enregistre même quelques chansons en provençal.

Durant toutes ces années, Perchicot circule beaucoup. Il est l’homme orchestre de spectacles qui font vivre une cinquantaine de personnes : danseuses, chanteurs, artistes de café-concert et techniciens. Il effectue de très nombreuses tournées en métropole mais également en Europe, en Afrique, et au Moyen Orient. Si l’on ajoute à cela des voyages privés en Asie et en Chine ainsi que le Canada et les Etats-Unis du temps où il était coureur on peut dire qu’en dehors de l’Océanie, Perchicot s’est promené aux quatre coins du globe.

L’express du midi, 23 sept 1933

Perchicot apparait dans quelques films au début des années 30. En 1930, il joue dans un film allemand Anny chauffeur (Eine Freundin so goldig wie du) du Tchèque Karel (Carl) Lamac avec comme vedette Anny Ondra. En 1932, il est la tête d’affiche de " Pomme d'amour " de Jean Dréville, un film musical adapté d’une pièce de théâtre de CH. A. Abadie et Raymond de Cesse. La presse parle pour ce film dont il ne reste malheureusement plus de copie, d’une comédie normande. Perchicot y joue le rôle d’un chanteur de rue. En 1934, il tient le rôle de Paulus dans « Sapho » de Léonce Perret. Il enregistre également en 1932, un des tout premiers clips pour sa chanson « A la Varenne ». Filmée par Jean Dréville, il s’agit d’une java chantée. On y voit le chanteur à la campagne au bord de l'eau, dans un décor fait de guinguettes et d'amoureux enlacés sur l'herbe ou faisant du canot. Ces scènes évoquent les dimanches passés par les Parisiens sur les bords de la Marne.

 

 

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