Le Petit Braquet, Coup de Chapeau à
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- Chronique n° 92
 
 

Coup de chapeau à

André Perchicot

 

Arthur PASQUIER

 

Une carrière sportive longue de cinquante huit ans, voilà qui immédiatement vous pose un homme. Ce fabuleux record, qui probablement ne sera jamais égalé, est la propriété exclusive d’Arthur Pasquier. Coureur cycliste sur piste puis motocycliste, il devint ensuite, l’un des plus réputés entraineurs de demi-fond du monde. Les meilleurs coureurs de la spécialité recherchèrent pendant de très longues années sa collaboration. De par son exceptionnelle longévité, la carrière d’Arthur Pasquier est passionnante car elle témoigne de la grandeur et de la décadence du demi-fond une discipline qui est aujourd’hui devenue confidentielle

Pasquier Arthur

Arthur Frédéric Joseph Hélionor Vincent Pasquier est né le 1er mars 1883 à Coulonges-Thouarsais dans le département des Deux-Sèvres. A sa naissance, son père Louis Victor, originaire de Rennes, est menuisier tout comme l’était son grand père maternel. Sa mère, Elisa Bruneau a, à sa naissance, 37 ans alors que son père n’en a que 28. Ses parents sont mariés depuis près de neuf ans.

Selon les différentes sources que nous avons pu consulter, Arthur Pasquier s’est découvert très jeune, une passion pour la bicyclette et c’est à seulement douze ans, à Amboise qu’il aurait remporté sa première course. Ses gains pour cette toute première victoire se seraient composés de la somme de cinq francs et d’une cuisse de porc… Vivre de sa passion est une chose rare et précieuse et pour le jeune Arthur, cette première victoire si grassement récompensée, laisse entrevoir un avenir autre que celui déjà tracé au sein de la menuiserie familiale. Le vélo sera désormais et finalement jusqu’à son dernier souffle, sa raison de vivre.

Pasquier Arthur

Photo :

http://www.amicale-des-collectionneurs.fr/La-course-de-demi-fond-ARTHUR.html

 

 

Par cette première victoire, facilement acquise, Arthur Pasquier a sans doute caressé l’espoir d’une carrière cycliste professionnelle faite de victoires, de popularité et d’une vie dorée. Mais il est encore très jeune et avec le temps les choses lui apparurent beaucoup plus complexes et ardues que ce qu’il avait espéré. En 1901, on retrouve, pas très loin de sa commune natale, un Pasquier victorieux d’une épreuve régionale sur 50 kilomètres mais faute de prénom, il est difficile de lui attribuer avec certitude cette victoire. C’est la seule et unique fois où l’on lira son nom au palmarès d’une compétition sur route. Arthur Pasquier est plus à l’aise dans les vélodromes et il semble dès lors s’être uniquement consacrer à la piste.

 

 

Une chose est certaine aujourd’hui, la carrière d’Arthur Pasquier ne fut pas celle d’un grand coureur. Il ne devint jamais un cador de la piste, un de ces champions vers lesquels tous les regards des spectateurs étaient fixés lorsqu’il entrait dans l’arène. Arthur Pasquier y mit pourtant toutes ses forces, toute son envie de réussir et d’entrée dans la lumière mais il n’avait tout simplement pas les jambes pour devenir l’égal des plus grands.
Son palmarès est pour nous relativement obscur. La période où il fut actif n’est pas, elle non plus précisément connue. En dehors de cette fameuse course disputée à Amboise où à l’âge de douze ans, il aurait obtenu comme prix de sa victoire, une pièce de 100 sous et une cuisse de porc, nous n’avons pas grand-chose à nous mettre sous la dent d’autant qu’il y a, à cette époque plusieurs coursiers qui portent le nom de Pasquier. Les résultats que l’on retrouve dans les journaux de l’époque ne précisent jamais le prénom du coureur. Des confusions sont possibles mais contrairement aux erreurs qui se propagent et se multiplient à l’infini sur la toile, car les copiés-collés sont beaucoup confortables que des recherches réelles, Arthur Pasquier n’a pas participé à Paris-Brest-Paris 1901, Marseille-Paris 1902, Bordeaux-Paris 1900, 1901, 1902, 1903 et Paris-Roubaix 1901, 1902, 1903 pas plus qu’au tour de France 1903 et 1905. Pour cette période, le Pasquier dont il est question se prénomme selon les cas, Georges… ou Gustave…

La même initiale a semble-t-il générée de nombreuses erreurs pourtant il s’agit du même homme et il se prénomme Gustave !!! Etrangement dans le livre « Les Champions du Cycle » de Marrel qui date de 1903, il est même prénommé…Marcel !!! Des sites aussi sérieux que Mémoire du Cyclisme (http://www.memoire-du-cyclisme.eu/) et Site du Cyclisme (http://www.siteducyclisme.net/) y perdent leur latin. Pire encore, le site du Tour de France http://www.letour.fr/ indique Georges comme coureur du Tour en 1903 et 1905…

Si Gustave Pasquier est bien natif de Saulces-Monclin en Champagne-Ardenne, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Reims, sa date de naissance est erronée. Il n’est pas né le 11 mars 1878 comme l’indique http://www.memoire-du-cyclisme.eu/, ni le 7 octobre 1887 comme le précise http://www.siteducyclisme.net/. Nous avons retrouvé l’acte de naissance de Gustave, il est daté du 07 octobre 1877. Cet acte officiel nous apprend également que Gustave est décédé à Rethel, dans le département des Ardennes, le 6 avril 1965.

Il y a également un autre Pasquier, prénommé Victor, sans lien de parenté avec Gustave ou Arthur, qui fut coureur cycliste amateur puis professionnel en 1910 et 1911. En 1910, Victor Pasquier, dossard 176, prit par au Tour de France, qu’il abandonna à l’issue de la 2ème étape. Le site http://www.letour.fr/ ne reconnaît pas ce coureur et considère à tort qu’il s’agit encore de Georges.

En tout état de cause, c’est Gustave, qui à cause de son initiale fut régulièrement appelé Georges, qui participa à toutes les grandes épreuves de l’époque. Gustave fut un bon coureur comme en témoigne sa 9ème place lors du Paris-Roubaix 1902 et sa 8ème place du classement général du Tour de France en 1903 (2ème de l’avant dernière étape). Il abandonna le Tour de France 1905 et il a probablement arrêté sa carrière cette même année pour se consacrer à sa seconde passion : la mécanique.

Arthur Pasquier

On retrouve dès 1907, Gustave Pasquier comme consul de l’Union Vélocipédique de France à Reims. Il est présent du 12 novembre au 1er décembre 1907 à la Décennale du Cycle et de l’Automobile au Grand Palais à Paris, pour y présenter un nouveau système de transmission.

Puis comme beaucoup d’autres cyclistes avant lui, il s’intéressa à l’aviation. Suivant les traces d’illustres prédécesseurs comme Henry et Maurice Farman, il se lança en 1908 dans la construction d’un avion mais son engin ne passa pas à la postérité.

Arthur Pasquier

Arthur Pasquier n’a donc jamais participé à la Grande Boucle, comme on le trouve allègrement exposé sur de nombreux sites qui n’ont pas vérifié l’information avant de la recopier. Dans le journal « Ouest Eclair » du 15 avril 1905, on découvre à nouveau la trace d’un Pasquier, éliminé en série du tournoi de vitesse et quatrième, associé à Augé, d’une course de tandem, au vélodrome de Longchamp à Nantes. De qui s’agit-il ? Probablement pas de Gustave/Georges qui semble n’avoir jamais affectionné particulièrement la piste, de Victor qui est implanté en Bretagne ? D’Arthur dont nous avons totalement perdu la trace depuis sa mythique victoire à Amboise en 1895 et une course en 1901, pour laquelle nous n’avons aucune certitude ou d’Ernest son jeune frère, alors âgé de 17 ans…

Pasquier est un nom de famille relativement courant et l’hypothèse qu’il s’agisse encore d’un autre homme ne peut pas, elle non plus, être totalement exclue.

Pourtant, certains éléments nous poussent à penser qu’il s’agit bien d’Arthur.

Durant les années 1905 et 1906, on retrouve régulièrement un Pasquier, dont hélas le prénom n’est jamais mentionné, dans les résultats cyclistes d’un secteur géographique limité à la Bretagne, aux Pays de Loire et parfois à Paris. Nous sommes donc en présence d’un coureur qui ne possède pas, ou pas encore, un niveau suffisant pour s’installer à Paris et se mesurer aux meilleurs coureurs nationaux et internationaux. Pour réussir une telle entreprise, il faut posséder un niveau qui permette des gains suffisants pour vivre de « son art ». Le Pasquier dont il est question ici, limite ses participations aux épreuves régionales, pas trop éloignées de son domicile.

Dans chaque province, on retrouve ainsi quelques coureurs, toujours les mêmes qui trustent les premières places des épreuves dites régionales mais qui sont moins à l’aise dès que des coureurs venus de la capitale, débarquent invités par les organisateurs pour faire le spectacle et arrondir leurs fins de mois. Dans la zone où Arthur Pasquier exerce ses talents, il retrouve souvent des coureurs qui ont pour nom Augé, Huby, Meunier, Hardy et les frères Cousseau. Ces coureurs constituent l’élite de la région.

 

 

 

Le coureur nommé Pasquier est un spécialiste du demi-fond ce qui correspond tout à fait aux aptitudes physiques et au goût d’Arthur.

Le journal Ouest Eclair dans un article daté du 18 octobre 1905 parle de ce Pasquier comme d’un pistard nantais. Coulonges-Thouarsais, ville natale d’Arthur Pasquier est située à une centaine de kilomètres seulement de Nantes et elle est dans le périmètre de diffusion du journal. Cette proximité géographique rend tout à fait possible le fait qu’Arthur puisse avoir été considéré par les journalistes comme un coureur local…

 

 

 

 

 En 1905, Arthur Pasquier âgé de 22 ans, approche en toute logique de la maturité physique et par la même de son meilleur niveau, il ne serait donc pas surprenant de le voir apparaître ainsi, à force de travail dans les résultats sportifs

La zone géographique, l’âge, le type de courses disputées constituent autant d’éléments qui nous inclinent à croire que nous sommes bien en présence d’Arthur Pasquier et pas d’un autre coureur.

Arthur Pasquier Arthur Pasquier

Ce faisceau d’indices est conforté par le fait qu’à partir du mois de juin 1906, ce coureur cumule régulièrement les compétitions de demi-fond et de moto.

 

Cette double compétence peut aujourd’hui, surprendre, elle est pourtant tout à fait logique car finalement qui mieux qu’un stayer connaît les pistes, leurs dangers et les trajectoires à prendre pour aller vite. Beaucoup de coureurs étaient fascinés par la vitesse et ils sont nombreux, en fin de carrière, à s’être lancé dans le pilotage des motos qu’il s’agisse de courses de vitesse ou de motos d’entrainement pour les épreuves de demi-fond. A l’époque des hommes comme les frères Marius et Jules Thé, Alessandro Anzani, Giorgio Colombatto ou Albert Champion ont pratiqué en même temps, les deux disciplines avant d’abandonner progressivement la petite reine au profit de la moto. D’autres comme Astério Amerigo, Georges Passerieu, Henri Fournier ont trouvé là une première reconversion professionnelle après avoir mis un terme à leur carrière.

 

En toute logique, c’est donc l’hypothèse d’un seul et même homme qui paraît la plus plausible pour tous les meetings où un coureur du nom de Pasquier participe à la fois aux épreuves moto et aux courses de demi-fond.

Comment imaginer en effet qu’aucun des journalistes ayant rédigé ces articles, n’ait jamais pensé pour ses lecteurs, à distinguer deux hommes portant le même patronyme, par leur prénom ou leur surnom.

Ainsi quand les frères Carapezzi se retrouvent ensemble sur les pistes parisiennes, Anteo lorsque l’initiale de son prénom n’est pas mentionnée, est alors surnommé « Carapezzi Aîné » et Egisto reçoit quand à lui le surnom de « Carapezzi Junior » ou « Carapezzi Jeune ». De même, quand le jeune Jean Charles Perchicot, frère du champion de France de vitesse 1912, tente lui aussi d’embrasser une carrière de cycliste sur piste, il est aussitôt dénommé « Perchicot jeune ». Les exemples sont nombreux et ils permettent de donner du poids à cette conjecture. D’ailleurs, plus tard, quand Ernest Pasquier se lancera lui aussi dans les courses moto, il sera dénommé Pasquier Jeune pour bien le différencier de son frère ainé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les meetings où le coureur portant le nom de Pasquier, est engagé uniquement dans les épreuves de demi-fond, il devrait, en toute logique, s’agir, là aussi, d’Arthur. Toutefois un doute subsiste et cette partie du palmarès d’Arthur Pasquier peut comporter des erreurs car il ne nous est pas possible d’affirmer avec une absolue certitude qu’Arthur est bien le seul Pasquier, actif sur piste entre 1906 et 1910.

Durant ces années, Arthur Pasquier remporte quelques succès dans des épreuves régionales de demi-fond mais il ne réussit pas à percer et à se faire un nom au plus haut niveau. Les choses se passent beaucoup mieux pour lui au guidon de sa moto. Souvent vainqueur, Arthur Pasquier fait rapidement partie des meilleurs pilotes motos sur piste. C’est donc tout naturellement qu’à la fin de l’année 1908 ou au début de l’année 1909, il abandonne définitivement la compétition cycliste et qu’en parallèle des courses motos, il devient pacemaker pour ses anciens collègues stayers.

 

 

 

Si l’on en croit certaines sources, Arthur Pasquier aurait fabriqué lui-même sa propre machine, ce qu’il nous a pas été possible de vérifier et il serait même devenu champion du monde de moto en 1908. Comme bien souvent, on ne prête qu’aux riches…  Malgré de nombreuses recherches, il ne nous a pas été possible de retrouver trace d’un quelconque « championnat du monde de moto 1908 ».

 

Rappelons ici que le premier championnat du monde officiel de moto date seulement de 1949 !!!
Le premier championnat du monde officieux fut lui, organisé à Anvers, le 19 juillet 1905. C’est un autre ancien coureur cycliste, Alessandro Anzani qui s’était adjugé le titre, avant de devenir un constructeur de moteurs mondialement connu. (Voir le coup de chapeau que nous lui avons consacré).

A cette époque, comme pour les tout premiers championnats du monde de cyclisme sur piste, un organisateur, capable de réunir quelques uns des meilleurs pilotes du monde et de faire une publicité conséquente de l’évènement pouvait lui donner le titre de championnat du monde. Tant que la discipline n’a pas été réglementée par des instances internationales, la valeur de ces titres reste toute relative.

Arthur Pasquier

Vélodrome Buffalo, 16 août 1908, derby de demi-fond: départ des entraineurs, Agence Rol
http://gallica.bnf.fr/

Arthur Pasquier ne fut donc jamais champion du monde de moto pourtant des victoires face à des hommes comme Jan Olieslagers, l’un des meilleurs pilotes de son temps, (il fut le premier à franchir la barre des 100 kilomètres en une heure) firent sa réputation. Ces débuts d’entraîneur de demi-fond sont modestes. Il officie d’abord pour des coureurs anonymes comme Bourmayer mais ces qualités de mécanicien qui apportent une grande fiabilité à sa machine ainsi que sa science de la course vont construire rapidement sa réputation.

Nous sommes loin d’imaginer combien la filiation entre la bicyclette et la motocyclette est immense car aujourd’hui, au niveau sportif, comme dans la vie quotidienne, un fossé profond les sépare. Il n’en était rien au temps des origines.

 

Les premières motos ne sont que des bicyclettes sur le cadre desquelles un moteur a été installé et les premiers pilotes, des coureurs cyclistes dont les compétences en termes de pilotage constituaient une évidence incontestable.

Reconnu et populaire dans les vélodromes pour ses qualités de pilote, Arthur Pasquier est, s’il l’on en croit le journal « la Presse », surnommé « le roi de la motocyclette ». Il fait alors probablement partie des meilleurs pilotes se produisant sur les pistes de la capitale et en juin 1910, il tente, d’établir le record du monde des 3 kilomètres sur le vélodrome Buffalo. Sur une piste faite de lattes de bois, longue seulement de 300 mètres, aux virages tellement abruptes qu’ils ont été surnommés « les falaises de Neuilly », tourner à plus de 100 kilomètres à l’heure pour décrocher le record, était très difficile et Arthur Pasquier échoua fort logiquement dans sa tentative.

Dans les épreuves de demi-fond, auxquelles Arthur Pasquier se consacre de plus en plus, l’entraîneur est appelé aussi pacemaker, littéralement celui qui fait le pas et par analogie celui qui fait le train. La discipline est alors extrêmement populaire. Les compétitions se déroulent sur des distances allant de 10 à 100 kilomètres voir 100 miles. Pour les distances les plus courtes, il peut y avoir plusieurs manches et un classement général par point. Certaines compétitions se jouent également sur une durée déterminée, le plus souvent une heure. A l’époque, les matches opposant deux concurrents sur plusieurs manches sont également très prisés du public.

La première moto utilisée pour entrainer un coureur sur piste est apparue en 1902 avec dans sa roue le célèbre Britannique Tom Linton. Très vite, en l’absence d’instances internationales capables d’établir des règles précises et de les faire respecter c’est l’escalade quand à la puissance des machines. Les records vont se succéder et progresser très rapidement en corollaire d’une folle augmentation de la puissance des motos avec des monocylindres de 1360 à 2800 cm3 et des multicylindres de 1600 à 4200 cm3. Après une longue série d'accidents dramatiques, causant la mort de nombreux coureurs mais aussi de plusieurs pacemakers et également de spectateurs, les motos furent limitées en France à 75 kg, en 1905, mais l'interdiction fut vite annulée. Les courses tels de sanglants jeux du cirque, faisaient recette et attiraient un public nombreux. Les motos de stayers étaient, pour les meilleurs coureurs qui possédaient le meilleur matériel, équipées bien souvent de V-twins Anzani sur puissants. Cette folie atteignit son paroxysme avec des motos de 200 kg qui dépassaient nettement les 100 km/heure de vitesse en coupe-vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Citons parmi ces monstres, la moto utilisée par l’entraineur du stayer Rigal équipée d’un V-twin Anzani de 4200 cm3 (http://irzouts.blogspot.fr/). Au guidon de ces monstrueuses machines, le pacemaker exerce un métier dangereux et ingrat. Il doit rester parfaitement cambré sur sa moto, les jambes bien verticales, les avant-bras collés au corps pour fournir le meilleur abri possible, a son poulain. Les machines étant équipées à l’arrière de rouleaux, que le stayer vient « caresser » de sa roue avant, il ne s’agit pas seulement de le protéger du vent, il lui faut également éviter tout écart de rythme et de trajectoire qui pourrait entraîner une chute dont les conséquences à grande vitesse étaient rarement bénignes.

Arthur Pasquier

Il est aussi important pour l’entraineur de posséder un sens tactique développé, d’observer la piste, de maitriser les trajectoires et de connaître les mouvements de l’air pour abriter au mieux son poulain mais aussi pour gêner les adversaires. En ce domaine, Arthur Pasquier va très vite faire preuve d’énormes qualités qui vont, en quelques années, faire de lui, l’un des entraîneurs les plus recherchés des pistes européennes et même mondiales.

Parmi les premiers coureurs à s’en remettre aux mains d’Arthur Pasquier on retrouve les stayers français Eugène Bruni et Léon Didier.

Arthur Pasquier

Le record du monde des 100 kilomètres établit par le stayer français, Léon Didier, le 13 octobre 1912 à Dresde, va définitivement asseoir la réputation d’Arthur Pasquier. Notons que Léon Didier apprit probablement beaucoup du métier de pacemaker, au contact d’Arthur Pasquier. Au milieu des années 20, on les retrouvera tous les deux, farouches adversaires, lors de duels mémorables opposant les deux meilleurs stayers du moment Toto Grassin et Victor Linart alias le Sioux.

Arthur Pasquier

La première guerre mondiale va pendant quatre longues années, mettre entre parenthèses toutes les disciplines sportives. Le cyclisme comme les autres sports, est confiné au niveau national sur un calendrier fortement réduit.

Gustave Valentin Ganay, excellent routier reconverti, fut vice champion du monde de demi-fond en 1926 avant d’être victime d’une chute mortelle au Parc des  Princes le 23 août 1926. http://choletvelosport.free.fr/

Dans les réunions sur piste, qui eurent lieu durant cette période, Arthur Pasquier continua à affiner sa technique et son pilotage. Ses qualités de mécanicien contribuent également à asseoir sa réputation. Jamais tout au long de sa carrière, Arthur Pasquier n’hésita à mettre les mains dans le cambouis pour régler de manière optimale, le moteur de sa machine. Pour un stayer faire équipe avec un pacemaker qui est un metteur au point hors pair, c’est un gage de tranquillité et de sécurité car le moindre incident mécanique c’est à coup sur une victoire qui s’envole.

 

Au sortir de cette grande boucherie, on retrouve Arthur Pasquier établit comme industriel à Levallois-Perret. Il est dès le début des années 20, recherché par les meilleurs stayers mondiaux. Il fait, au delà de quelques disputes retentissantes dont la presse se fit alors largement l’écho, équipe pendant quatorze longues années avec Victor Linart, le pistard Belge, qui obtiendra la nationalité Française en 1937.

Linart Victor

Arthur Pasquier aurait emmené, si les sources que nous avons consultées sont exactes, Victor Linart à la conquête de 4 Championnats du Monde et 12 titres de Champion de Belgique de demi-fond. Le moins que l’on puisse dire c’est que « le sioux » et « tutur », tels étaient leurs surnoms, formaient une sacrée équipe.

Arthur Pasquier

Selon l’opinion partagée par de nombreux stayers, pour devenir un bon entraîneur il est nécessaire d’avoir été coureur, afin d’avoir la science de la course et de bien sentir le vent. Il faut également une véritable osmose entre les deux hommes. Un mauvais coureur et un bon entraîneur, ou l’inverse, ne constituent jamais un équipage victorieux.

Pour de nombreux stayers, Arthur Pasquier est l’homme de la situation et cela jusqu’à un âge avancé. Au début des années 20, il est, selon le journal « La Pédale », « l’inventeur et aussi le réalisateur d’un tas de petits trucs que tous ses collègues mettent maintenant, autant que faire se peut en pratique ».

 

La liste des stayers qui, au cours de leur carrière, firent appel à lui, suffit à elle seule à saisir les qualités du travail d’Arthur Pasquier : Gustave Ganay vice champion du Monde de demi-fond en 1926, Raoul Lesueur, champion du Monde de la discipline en 1947 et 1950, Charles Lacquehay, champion du Monde en 1933 et 1935 ainsi qu’Henri Lemoine 6 fois champion de France entre 1938 et 1953.

Franco Giorgetti, champion olympique de poursuite par équipe en 1920, vainqueur de 13 six jours, 5 fois champion des Etats-Unis, 1 fois champion d’Italie de demi-fond et vice champion du monde en 1933, Ernest Catudal champion de France 1928, Georges Ronsse, double champion du Monde de cyclisme sur route et triple champion de Belgique de demi-fond et Edoardo Severgnini 3ème en 1934 et 1938 des championnats du Monde de demi-fond ont également fait appel aux talents d’Arthur Pasquier.

Toute la science d’Arthur Pasquier pourrait finalement se résumer dans ces quelques mots de Robert Varnajo, un homme qui connaissait parfaitement son métier lui qui avait remporté une étape du Tour de France 1954 et 3 titres de champion de France de demi-fond.

« Et puis le demi-fond, c’est parfois un mystère … Regardez, le Père Pasquier, " Le roi des entraîneurs" : il était pas épais. Mais derrière lui, il n’y avait pas de vent. »

Interview de Robert Varnajo  http://dernyeuropacup.blog4ever.com/

Arthur Pasquier aimait certes passionnément, viscéralement le demi-fond mais il n’a jamais vécu de son travail de pacemaker. Avant le début de la 1ère guerre mondiale, on le retrouve établi comme industriel à Levallois-Perret en banlieue Parisienne. Le 28 mars 1911, dans cette commune, Arthur Pasquier épouse Louise Marie Augustine Riotteau. Ses témoins sont tous les deux des coureurs. Il s’agit de Pierre Pierrard, qui après sa carrière sportive fut un temps directeur sportif et de Daniel Lavalade. Celui-ci, stayer de talent, vice champion de France en 1913, 3ème en 1911 et 1912, s’était marié peu de temps auparavant et Arthur avait été son témoin, signe d’une profonde amitié entre les deux hommes. La femme de Daniel Lavalade était la sœur d’un autre stayer, Julien Rudolphe et leur fils, Georges Lavalade, né en 1937, fut lui aussi un bon stayer (3ème de championnat de France 1958). Il ne nous a pas été possible de trouver trace d’une collaboration entre Georges Lavalade et Arthur Pasquier mais il n’est pas impossible qu’à la fin de sa carrière Arthur ait eu le plaisir d’entraîner le fils de son ami.

Dès 1923, il s’installe dans le bourg de Coron, dans le pays des Mauges. Il y fait construire une maison bourgeoise que modestement il baptise « Chez Arthur » et à chaque fois qu’il a quelques jours devant lui, il vient y passer quelques jours. C’est dans cette même commune qu’il se remaria en 1957, à l’âge de 74 ans, avec Noëlle Gaudreau.

Le pire moment de sa carrière, Arthur Pasquier l’a probablement vécu le 20 mars 1937. En course des accidents graves, des blessés, il en avait déjà probablement vu à de nombreuses reprises. Le demi-fond malgré une réglementation plus contraignante que par le passé, demeurait un sport très dangereux et Arthur Pasquier comme tous les pratiquants de ce sport, en acceptait les risques.

Etre responsable de la mort d’un homme, c’est tout autre chose. Ce 20 mars 1937, une épreuve de 100 kilomètres derrière motos se déroulait en nocturne au Vélodrome d’Anvers. Le stayer Français, André Raynaud, champion du monde de la discipline à Zurich en 1936, victime d’une crevaison, fit une chute. Arthur Pasquier, qui entrainait Georges Ronsse, était beaucoup trop proche du champion Français pour pouvoir l’éviter. André Raynaud, écrasé par les roues de la moto de Pasquier est très fut grièvement blessé. Les secours qui intervinrent presque immédiatement ne purent empêcher une issue fatale.

 

Pour tout le monde, la responsabilité d’Arthur Pasquier n’était aucunement engagée. Il s’agissait d’un fait de course imprévisible, dramatique que personne dans la position d’Arthur Pasquier n’aurait pu éviter. Malgré tout, il faut une sacrée force de caractère pour se relever après une telle tragédie et continuer sans angoisse à entrainer son partenaire à plus de 100 kilomètres à l’heure. Agé de 54 ans, Arthur Pasquier aurait pu s’arrêter là mais il se sent capable de construire de belles courses et d’apporter encore à son sport. C’est donc dans le plaisir de courir qu’il tente de trouver l’oubli.

Albert Reynaud peu de temps après l’accident qui lui fut fatal
https://stuyfssportverhalen.wordpress.com/

Son palmarès inégalable lui vaut les surnoms élogieux de « Roi ou de Prince des entraîneurs » et Arthur Pasquier qui possède un caractère bien trempé, met parfois à profit sa réputation pour pousser des coups de gueule retentissants contre les dangers du métier et les magouilles qui en ternissent l’image. Ainsi, le 24 septembre 1938, lors d’une interview accordée au journal « Le petit Parisien » il déclare « nous faisons un métier assez dangereux comme cela, roulant souvent à plus de 100 à l’heure, pour qu’on interdise toutes ces combines déloyales. Le jour ou un dans l’obligation d’« attaques » et obligé de descendre s’il tente de gêner un concurrent, l’ère des « entourloupettes » sera terminée !

Dans la même interview, Arthur Pasquier se montre également soucieux de l’image du demi-fond et des dangers qui le menacent. Il se prononce pour la limitation à 6 stayers maximum pour toutes les épreuves et contre les matches à deux car cela ne présente pour lui aucun intérêt : « un peu de spectacle, à condition qu’il soit régulier, ne messied pas ! ».

Cette même année, au mois de décembre, il est présent avec son frère Ernest et de nombreux coureurs, entraîneurs, managers et soigneurs à l’assemblée générale de l’œuvre d’assistance mutuelle des coureurs cyclistes. Cette structure, créée une quinzaine d’années plus tôt à l’initiative de Paul Ruinard, était en sommeil depuis pas mal de temps, quand l’Amicale des coureurs cyclistes professionnels, se décida enfin à la réactiver, avec pour objectif d’apporter une aide effective aux coureurs cyclistes accidentés ou à leurs ascendants ou descendants nécessiteux. L’œuvre d’assistance mutuelle des coureurs cyclistes avait, par exemple, à titre de secours, accordé quelques mois plus tôt, une petite mensualité aux parents du regretté André Raynaud. Pour tous, en ces temps difficiles, où en dehors de quelques stars de la piste, les pistards professionnels avaient du mal à vivre de leur métier, il convenait de faire plus.

On dit souvent qu’il faut savoir s’arrêter quand il en est encore temps et en cela Arthur Pasquier s’est lourdement trompé. Alors que le déclin du demi-fond amorcé depuis quelques années, s’accélère, il n’y a pas que les coureurs qui soient vieillissant, Arthur Pasquier lui aussi s’accroche encore et toujours à sa passion et cela bien au-delà du raisonnable. En ce début des années 60, les machines d’entraînement sont certes beaucoup plus maniables que dans les années 20, mais le rôle de pacemaker reste exigeant physiquement et psychologiquement. Arthur Pasquier qui a toujours considéré que la sécurité des coureurs et des entraineurs était primordiale, oublie qu’à plus de 70 ans, il n’a plus la force et la vivacité de ses vingt ans. C’est finalement sur le vélodrome de Vichy, en 1961 alors qu’il a 78 ans que tout va s’arrêter. Sa licence lui est retirée à la suite d’un malaise survenu au guidon de sa moto. Cette fin de carrière, pitoyable et triste ne doit pas faire oublier tout ce qu’Arthur Pasquier aura accompli durant de longues années. Il aura finalement tenu son rôle jusqu’à l’extrême limite de ses capacités, un peu comme un artiste, amoureux fou de son métier qui ne rêve que d’une chose : mourir sur scène.

Arthur Pasquier est décédé à Clichy-la-Garenne le 7 décembre 1963 et il est enterré à Coron, où une place porte son nom

Arthur Pasquier

Modeste coureur de demi-fond, loin de ce qu’il avait espéré étant enfant, Arthur Pasquier a su très vite se réorienter vers la course moto et l’entrainement des stayers pour s’ouvrir la voie du succès et de la reconnaissance. Sa carrière de pacemaker démarrée en 1909, s’est étendue pendant 52 longues années. Elle aura traversé deux guerres mondiales et accompagné le demi-fond dans sa démesure, dans ses drames, dans sa splendeur mais aussi dans sa décadence. Jusqu’au début des années 50, soit pendant près de quarante ans, Arthur Pasquier aura tenu le haut du pavé, mettant sa science de la course au service des plus grands noms de la discipline. Certes le mérite revient d’abord au coureur qui pédale et qui souffre mais le pacemaker a toujours sa part de gloire dans chaque victoire. Un mauvais entraîneur et un bon coureur, ou l’inverse, n’ont jamais constitué un équipage victorieux. 6 titres de champion du monde et 33 titres nationaux figurent à son palmarès. Ils récompensent une vie entière consacrée au demi-fond, probablement la discipline la plus sous estimée du sport cycliste.

 

non exhaustif

 

 

 

En tant que coureur :

1901    1er d’une épreuve de 50 km disputée le 4 août entre Châtillon-sur-Sèvre et Argenton-Château ???

1905    4ème associé à Augé d’une course de tandem à Nantes en avril
            1er d’une interrégionale sur piste, vélodrome de Kérabécam, à Brest en juin
            1er d’un 50 km derrière entraîneur à Saumur en juillet

1906    2ème d’un 15 kilomètres derrière entraineur, au vélodrome de la Flèche en avril
            2ème associé à Tournadour d’une course de tandem, au vélodrome Buffalo à Paris en mai
            1er d’une épreuve de demi-fond en deux manches à Tours, en juin
            3ème d’une épreuve de demi-fond à Tours en septembre
            2ème sur 10, 20 et 30 kilomètres derrière Parent, à Tours en octobre

1907    1er avec Cousseau d’un match de demi-fond, Niort

1908    3ème d’une épreuve de demi-fond au vélodrome de Kérabécam, à Brest en juillet

 

En tant que motocycliste :

1906    1er d’un dix kilomètres à Tours, en juin
            1er d’une course de motos à Tours en octobre

1908    1er  d’une course de motos à Niort en avril
            1er d’une course de motos au vélodrome de Kérabécam, à Brest en juillet
            1er d’un match de motos, au vélodrome Buffalo à Paris en septembre
            1er d’un match de motos, au vélodrome d’hiver à Paris en décembre

1909    1er d’une course de motos en deux manches au Parc des Princes en septembre

1910    1er d’un match de motos, au vélodrome Buffalo à Paris en juillet

 

En tant que pacemaker / entraîneur :

- 4 titres de champion du monde avec Victor Linart en 1921 à Copenhague, en 1924 à Paris ?, en 1926 à Turin et en 1927 à Köln (Cologne),

- 2 titres de champion du monde avec Raoul Lesueur, en 1947 à Paris et en 1950 à Liège,

- 33 titres nationaux dont :
            - 6 championnats de France,  avec Henri Lemoine et Jean Jacques Lamboley
            - 12 championnats de Belgique avec Victor Linart
            - 2 championnats d’Allemagne avec Victor Linart
            - 2 championnats de Suisse
            - 9 championnats d’Italie
            - 1 championnat des Pays-Bas
            - 1 championnat d’Amérique,

 

En savoir plus

http://www.amicale-des-collectionneurs.fr/La-course-de-demi-fond-ARTHUR.html
http://choletvelosport.free.fr/
https://stuyfssportverhalen.wordpress.com/
http://www.stayer.de/
http://gallica.bnf.fr/

 

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